J'ai des choses à dire·Luttons!

A toi le chauffeur…

A toi le chauffeur de camion qui m’a klaxonnée.

Que t’est-il passé par la tête lorsque tu as vu que je te doublais sur la quatre voies? Tiens, une nénette seule dans sa voiture, sans l’ombre d’un enfant ni d’un bonhomme à ses côtés. Je fonce, je suis un aventurier de la vie, je vais lui faire des appels de phares et la klaxonner,

Hé bien, cher camionneur, sais-tu qu’en cet instant où j’ai vu tes appels de phares dans mon rétroviseur, ma conscience féministe a jailli assez violemment et mon premier réflexe a été, je dois l’admettre, ô combien vulgaire : un bon gros fuck.

Alors je me suis interrogée, moi la petite nénette, sur le pourquoi de ces appels de phares et de ces coups de klaxons aussi élégants que toi, j’en suis certaine. A quoi t’attendais-tu au juste? Que je m’arrête sur le bas côté pour vérifier l’état de mes pneus? Que je t’attende sur le une aire de stationnement pour qu’on cause de la crise économique ou des migrants syriens? Ou alors peut-être songeais-tu exercer ta toute puissance masculine en tentant d’effrayer une nénette seule dans sa voiture?

Vois-tu, cher camionneur, j’ai fulminé toute la journée à cause de toi ce jour-là et je me suis demandé si quelque part une femme, une sœur, une fille t’attendait pendant tes longues absences et quelle serait ta réaction si un mec sifflait, klaxonnait, touchait ta femme-sœur-fille dans la rue. J’imagine tu en serais flatté.

Sur le moment, j’ai rêvé d’avoir une Thelma ou une Louise à mes côtés pour faire exploser ton bon gros camion. Mais ça ce n’est que dans les films, n’est-ce pas? Dans la vraie vie on se contente soit de tracer sa route en silence, soit de te transmettre nos meilleures pensées avec ce geste obscène. J’ai choisi la seconde option.

A mon retour, j’ai raconté ma mésaventure à la maison et bien mal m’en a pris car je me suis faite tancer parce que c’est dangereux et qu’on ne sait jamais sur qui tu tombes, et si c’est une voiture qui te poursuit, et si, et si…

Et tu as ressuscité un sentiment que j’abhorre: celui de la révolte mêlé à l’impuissance. Prendre encore de plein fouet que les femmes luttent pour les mêmes droits que l’on croirait acquis.

Alors malgré toutes les remontrances que l’on aura pu me faire, je terminerai mon laïus, cher chauffeur, en t’adressant à nouveau toute ma sympathie: un gros fuck.

Publicités

Des choses à dire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s