Vive le sport!

Retour sur le Samoëns Trail tour du Giffre.

C’était mon défi de l’année: un Trail de 33km, 2220m de dénivelé en Haute-Savoie. Un an après mon Sadam où mon corps hurlait de douleurs, je m’étais fixé cet objectif. Il revêtait d’autant plus d’importance que je revenais de loin. Des mois sans sport régulier, à jongler entre séances d’ostéopathie et récupération physique, le challenge était à des lieues d’être gagné.

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Mais nous y voilà. On prend le départ au centre du village de Samoëns, où tous les traileurs ont revêtu leurs plus beaux atours : camelbak, bâtons, casquettes vissées sur visages souriants. Moi aussi je souris. J’ai peur parce que le parcours est très difficile mais je suis ravie d’être là. Qui l’eût cru!

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Top départ. Quelques kilomètres de faux-plat puis on attaque le vrai de la course: une belle montée de 4 kilomètres dans les sous-bois. Ça grimpe et les bâtons s’avèrent être de précieux alliés. J’en viens à bout au bout d’1h15, sans maux, sans pousser trop le cardio. Je m’arrête deux minutes au ravito puis une longue descente s’annonce dans les chemins. C’est roulant, c’est beau, je m’éclate. Deuxième ravito au 11è km passé, je me sens bien mais je sais que le « dur » arrive.

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Et ça arrive vite. Une montée de 4 km en sous-bois, raide, interminable, raide, raide, raide. Aucun répit. Je suis les gars devant moi, sans me poser de question, je ne pense qu’à mette un pied devant l’autre et à me ménager. Certains coureurs s’arrêtent, fatigués et ça me booste. Un pied devant l’autre.

Le troisième ravito pointe le bout de sa tente. L’effort a été très intense et je me sens vaseuse. Je m’arrête cinq bonnes minutes pour me requinquer. J’entends des coureurs qui abandonnent et ça me donne du courage. Plutôt crever que d’abandonner: je dois repartir maintenant. Et ce qui s’annonce est encore plus dur que ce que je viens de passer. Il reste encore un bon kilomètre à monter dans la caillasse. Ça roule sous les pieds, ça m’énerve mais je n’ai mal nulle part.

J’essaie de prendre un rythme « économie d’énergie  » car il me reste encore 17km à parcourir. Je viens enfin à bout de cette putain de montée et me dis que je vais enfin pouvoir courir un peu pour me détendre. Tu parles! Un sentier monotrace boueux avec ravin en prime, parsemé de racines. Le panorama est super, mais impossible pour moi d’en profiter car j’ai les yeux rivés sur mes pieds. On passe devant une magnifique cascade, on traverse le lit d’une rivière, enjambe des troncs d’arbres, on se tient à des cordes pour traverser le lit d’un torrent. Les gars sont sympas, ils proposent leur aide et sont bienveillants. Mes bâtons et moi nous en sortons seuls comme des grands sur les passages critiques et ça fait du bien au moral.

Je me vautre deux fois mais sans casse. Je croise des coureurs aux visages crispés par les crampes, d’autres à l’arrêt au bord du torrent pour détendre leurs pieds meurtris. Honte à moi mais…ça me donne de la force. Un pied devant l’autre, reste concentrée, c’est tout ce qui compte.

Le sentier s’élargit, on quitte les pentes escarpées, enfin. Ça fait un bien fou de courir aisément, de lever le nez de ses chaussures et de retrouver enfin la civilisation: quelques personnes sur le parcours qui encouragent… du baume au cœur à l’état pur. J’arrive au Plateau de Saix (25km) et passe entre les vaches, c’est chouette. Je touche au fil électrique. C’est moins chouette. Je prends une bonne décharge qui me fait rigoler comme une baleine devant des randonneurs médusés. La vue du dernier ravito me donne une autre bonne dose d’énergie. Dernière étape avant la descente vers le village, j’y suis presque.

Bon ça, c’était avant que je comprenne ce qui m’attend.

Je suis le fléchage et soudain, plus rien. En fait, ça se passe en bas, sous mes yeux: un versant à pic. Au secours… C’est glissant, ça ravine, putain soit je meurs ici soit je mets environ trois heures à descendre. Je prends le parti de descendre. Les gars derrière moi sont rassurants et encourageants, tout le monde reste prudent car c’est franchement dangereux. Je bénis mes bâtons: sans eux, je serais encore là-haut.

C’est là que commence l’enfer, en fait: la descente de 6 km jusqu’à Samoëns. Une monotrace  boueuse et parsemée de caillasses glissantes. Ca tombe, ça glisse, ça peste devant et derrière. Je suis aussi détendue que devant mon jury d’oral d’agreg. Et les genoux commencent à grincer… Mais qu’est-ce qu’elle est longue cette descente. Une heure et demi à freiner comme une dingue sur les cuisseaux, je ramasse sévère. Il faut juste attendre que ça passe…Et c’est long à passer.

Enfin le bitume roulant de Samoëns qui soulage les articulations, les supporters se font plus nombreux, munis de leur grosses cloches de vache. J’entends le speaker, c’est bon signe ! Dernière épreuve : le tour du lac du village en sous-bois, le dernier supplice. Ca n’en finit plus, cette histoire. Je me cale machinalement sur l’allure du gars devant moi et fixe sa chaussette (voir Chaussette). Il me traînera bien jusqu’à l’arrivée! Et c’est ce qu’il fait.

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Je l’ai fait. 6h48 de concentration et d’efforts extrêmes. Si j’avais mis dix heures je crois que j’aurais ressenti la même fierté : celle d’avoir relevé un défi, un de ceux qui te font sentir vivante. Un de ceux qui te font prendre conscience de ta force intérieure et de ta ténacité. Un de ceux qui te donnent confiance en toi.

Un de ceux qui sont inoubliables parce qu’ils font partie de ton histoire.

 

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