J'ai des choses à dire

L’enfant précoce et la culpabilité du parent.

Depuis quelques années nous nous rendions bien compte que Doudou avait quelque chose de particulier: sa façon d’analyser le monde, ses remarques surprenantes, son hyper sensibilité et les angoisses qu’elle générait (voir J’ai un ado de cinq ans).

Jusqu’alors, tout se passait bien à l’école tant d’un point de vue scolaire que de la sociabilisation.

Et puis ça a commencé à déraper un peu à la maison: des accès violents de colère, des claquements de porte, des terreurs nocturnes récurrentes (voir Cauchemars en pagaille), des « De toutes façons vous ne comprenez rien! ». J’avais l’impression de me voir…à quatorze ans. Il en avait six à l’époque. On le voyait taciturne, il se sentait frustré, incompris, mal dans sa peau. Pas à sa place, en somme. De notre côté de parents, on prenait des pincettes lorsqu’on s’adressait à lui car tout le heurtait, tout était compliqué. Moi j’avais l’impression de passer à côté de lui, de ne pas le cerner, d’être une mauvaise mère par moments.

Parallèlement à l’école on a noté une baisse de motivation: moins d’intérêt pour les apprentissages (lui qui est de nature si curieuse), peu de soin, une certaine léthargie commençait à s’installer.

Lorsqu’on a appris que Doudou était un enfant précoce ou surdoué ou à haut potentiel, comme ils disent, on a enfin compris. On L‘a enfin compris. Après les entretiens avec la psychologue et nos lectures sur le sujet, j’ai eu le sentiment d’accéder enfin aux codes de mon Doudou.

Ma première réaction a été de ne pas en parler autour de nous: d’une part,je ne voulais pas que les gens collent une étiquette « gamin hors norme » sur Doudou et d’autre part, j’avais peur du regard des autres vis à vis de nous, parents. Je craignais les phrases comme « Ces enseignants, ils croient toujours que leurs enfants sont des génies! » ou encore « Encore une qui pense que son gamin est plus intelligent que le mien! ».

Le saut de classe a été salvateur pour Doudou: il sortait de l’école le sourire aux lèvres, redoublait d’efforts en graphie et voulait mordicus raccrocher les wagons du niveau supérieur. Les terreurs nocturnes ont cessé, les crises de colère ont disparu, et les tensions se sont dissipées.

Aujourd’hui, notre Doudou est un petit bonhomme épanoui, bien dans ses baskets et au caractère bien trempé. Il a un humour bien à lui, il est rêveur, bordélique comme pas deux et aime écrire (mal, mais peu importe), les jeux de stratégie, comprendre le monde. Il ramène sa fraise un peu trop souvent, émet un avis sur tout, aime courir à toute berzingue, l’odeur de l’herbe coupée et les arcs-en-ciel. Il déteste l’injustice, l’échec et le melon.

Il est comme il est et j’en suis fière. Et je n’ai plus honte de le dire.

doudou

 

 

 

Publicités
J'ai des choses à dire

Comment j’ai regardé Beyblade Burst

beyblade

Ce soir, j’ai fait une erreur. Celle de me poser sur le canapé où étaient vautrés mes Nains, le regard hagard devant l’écran de télé qui vomissait un dessin animé: Beyblade Burst.

Curieuse, je suis restée avec eux pour le visionner et évaluer les dégâts.

Si j’ai bien compris, les protagonistes participent à des combats de toupies. Des toupies métalliques. Et ces ‘combattants’ s’entraînent très durement mais en fait on ne comprend pas trop pourquoi, vu qu’il suffit juste de balancer deux toupies dans une caisse. Pardon, dans une ‘arène’. J’avoue que ça a éveillé mon intérêt…

Manifestement, il s’agit d’ un genre d’art martial, et là encore j’avoue que la comparaison m’échappe. Bref. Les ‘combattants’ sont même coachés et ont un kiné à disposition qui leur prodigue des conseils avisés : « Repose-toi, tu es fatigué, tu as trop forcé. » Mais forcé sur quoi putain?  Les Nains gobent devant ce ramassis de non-sens, alors je persiste, je me dis qu’il doit bien y avoir une intrigue.

Et oui! On y arrive: le COMBAT de toupies dans une espèce de dojo. Les adversaires ont l’air vraiment super stressés et la tension est palpable. De fait, les adversaires méditent un peu avant de combattre. Je t’ai dit: c’est comme un art martial.

Nous atteignons (enfin) au moment phare du dessin animé: le lancement des toupies (!) sous le cri de « Propulsion flash éclair! » ou « Hyper vitesse! ».  Voilà. Et ils arrivent à faire au moins trois minutes là-dessus: les toupies qui s’entrechoquent, les gros plans sur les visages des ‘combattants’. Bref, la tension est à son comble et moi je n’ai toujours pas compris le but de ce dessin animé… Gagne ta vie en lançant des toupies? La toupie c’est la vie? Viens frotter ta toupie contre la mienne?

Mais qui est le mec qui a balancé en réunion: « Bon les gars, j’ai une super idée: on va faire des combats d’arts martiaux mais sans arts martiaux. Des combats de toupies. »

Et surtout, qui sont ses abrutis de collègues qui ont répondu: « Ah ouais!!! Super idée! C’est novateur, c’est du jamais vu! » A coup sûr, il n’y avait pas de femme dans l’équipe.

Alors ce qui me rassure, c’est que lorsque j’ai livré mon analyse du dessin animé à mes Nains, ils ont souri et m’ont rétorqué: « C’est vrai qu’on ne sait pas trop pourquoi ils lancent des toupies…et pourquoi c’est très fatigant. »

Bon, c’est au moins ça de gagné. Demain je m’attaque à Power Rangers.

J'ai des choses à dire

Et huit.

Tu as déballé tes cadeaux à la vitesse grand V et enfilé le maillot de foot que tu désirais tant.

On a invité les cousins du sud et on a rempli les assiettes de bonbons et de cookies. Mamiray a préparé des crêpes au Nutella et moi ton gâteau au chocolat.

Vous avez fait des énormes bulles de savon, joué à la chasse au trésor dans le jardin, lancé des défis, couru comme des dératés, crié comme des aliénés.

On a ri, échangé et profité de ce moment simple en famille.

Huit ans.

Huit ans à te regarder observer le monde, à partager ta bulle, à voir ton caractère s’affirmer, à espérer le meilleur pour toi.

Huit ans et des rêves d’espion, des écritures exutoires, des tee-shirts à l’envers, des besoins d’évasion, de l’émotivité à en revendre, des chutes mémorables, des je t’aime pleins de pudeur.

Joyeux anniversaire mon Doudou magique.

J'ai des choses à dire

On dirait le Sud.

Se gaver de chaleur.

Manger dehors à tous les repas. Se faire dévorer par les moustiques à tous les repas.

Entendre Numéro Bis imiter l’accent du sud. Toute la journée.

Être seuls sur la plage parce que LE nuage a découragé les autochtones.

Manger des tomates du jardin qui ont le goût de tomates du jardin.

Se rouler dans les vagues et rire à gorge déployée. Vider son maillot de bain des petits cailloux.

Regarder la peau des Nains couleur pruneau d’Agen et rire de leurs fesses couleur haricot blanc de Soissons.

Se faire taxer de narcoleptique. Nier.

Faire des mots-mêlés niveau 1. Se trouver super douée.

Aller à Leclerc juste pour rencontrer les gitanes locales et les écouter parler. Se bidonner.

Faire un footing à 18h dans les caillasses et la garrigue. Se liquéfier sous la chaleur.

Écouter le bruit des vagues…et celui de la voisine de serviette qui hèle sa petite-fille Tiphaineuuuuuu, Tiphaineuuuu toutes les vingt secondes malgré ses quatorze ans. La fusiller.

Entamer son troisième livre de l’été. Avoir déjà oublié le titre des deux précédents.

Se refamiliariser avec la conduite sudiste. Beugler au volant.

Se repaître d’un menu plage-sieste-piscine quotidien. Et ne pas culpabiliser.

 

 

 

J'ai des choses à dire

Deux grandes billes.

On se rapproche de la scène, je te porte sur mes petites épaules. Les projecteurs s’allument et je te sens tressaillir. Les musiciens entament une chanson que tu connais pas cœur et je t’entends chanter discrètement le refrain. 

Les projecteurs s’éteignent et j’en profite pour te faire descendre, tu pèses une tonne, mon fils. Je te cale sur ma hanche, comme il y a sept ans, et je peux voir tes deux grandes billes écarquillées dans la pénombre.

Deux grandes billes émerveillées lorsque les lumières se rallument, les musiciens se déchaînent, la foule chante et danse à l’unisson, les bras levés.

Deux grandes billes hypnotisées par une scène explosant d’énergie.

Deux grandes billes qui me regardent de temps en temps et qui m’interrogent lorsqu’un grand gaillard vient te parler et « checker » avec toi, pour le plaisir.

Deux grandes billes rieuses quand nous sautons avec la foule. Porté par la musique, tu chantes à tue-tête. Les gens autour te regardent, amusés, mais tu ne t’en rends même pas compte: tes deux grandes billes restent absorbées, elles savourent le moment présent. 

Qu’est-ce que je les aime, ces deux immenses yeux noisette. 

Qu’est-ce que je l’aime, ce moment.

Qu’est-ce je t’aime.