J'ai des choses à dire·La vie à 4

Le 11 novembre.

Quand tu entends 11 novembre, tu imagines une journée au mieux grise, au pire grise et pluvieuse. Tu te vois vêtue de ta doudoune et emmitouflée dans ton écharpe, essayant vainement de passer entre les gouttes. Tu t’imagines fermant les volets de ta maison à 16h30 et préparer la soupe à 17h. Tu sais que cette journée est morose, terne, maussade, triste… Bref, une journée à te suicider aux Ferrero Rocher.

Et c’est exactement ça, sauf si…

Sauf si tu démarres ton 11 novembre à 10h dans un gymnase plein de Nains basketteurs qui se jettent sur tous les ballons comme des hyènes sur une carcasse de gazelle et qui se repaissent de chips et de Fruit shoot entre chaque match.

Sauf si tu t’accordes une heure de yoga.

Sauf si tu regardes pour la énième fois Hotel Transilvania 2 avec tes Nains.

Sauf si tu fais une partie de Scrabble avec eux et que le meilleur mot de Numéro Bis est « ANE ».

Sauf si tu ouvres ton roman alors que Doudou dessine, Numéro Bis construit un Lego, et que Monsieur S. prépare des muffins au chocolat.

Sauf si t’octroies le luxe de prendre un bain et que personne ne vient te déranger. Même pas une fois.

Sauf si tu partages un repas tonitruant en famille.

Sauf si tu fais tellement turbiner ton poêle ou ta cheminée que tu as l’impression d’être aux Maldives.

Sauf si tu regardes l’ouverture du match France – All Black et que tes Nains s’époumonent en chantant la Marseillaise.

Sauf si tu te vautres sur ton canapé, enroulée dans ton plaid à bouclettes devant la cheminée, en pyjama moumoute et que tu te fous de ressembler à une mémère et de regarder un film pour les moins de dix ans : tu es bien.

Même un 11 Novembre.

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J'ai des choses à dire

Le SADAM, un parcours du combattant.

Après des mois d’errance, de tâtonnements, de consultations, d’angoisse, le diagnostic est tombé: « Madame, vous avez tout simplement un SADAM! »

Mais quoi qu’est-ce?

Pour faire simple, les articulations de la mâchoire dysfonctionnent et les causes peuvent en être diverses. Ce dysfonctionnement modifie à long terme la posture du squelette, créant ainsi des tensions dans toute la chaîne musculaire.

Voici les symptômes que j’avais:

  • maux de tête violents
  • névralgies faciales: sensation de brûlure, extrême sensibilité de la peau
  • acouphène pulsatile
  • douleurs d’oreilles (comme une douleur d’otite)
  • névralgie d’Arnold
  • douleurs cervicales
  • gêne quand je ferme ma mâchoire, les dents ne se positionnent pas comme avant
  • raideur des épaules, de la ceinture scapulaire
  • sommeil perturbé

Par voie de conséquence, je me sentais extrêmement fatiguée, j’avais perdu l’appétit, j’étais irritable et déprimée car les douleurs étaient permanentes, difficiles à localiser, assourdissantes, exténuantes. Bref, j’avais mal partout, tout le temps et je refoulais mes envies de hurler pour essayer de maintenir un équilibre.

Lorsque mon SADAM s’est déclenché (mais ça je ne l’ai compris que 5 mois plus tard), la douleur était telle que j’ai atterri aux urgences : scanner cérébral normal, tous les examens étaient nickel. Je me suis retrouvée sur le parking de l’hôpital à 3h du matin, avec me douleurs persistantes et cette phrase de l’urgentiste en tête: « Vous êtes certainement trop stressée. »

Soit. J’ai arrêté de travailler pendant un mois: j’ai beaucoup dormi, beaucoup pleuré (de douleur, de solitude aussi), j’ai cru que je faisais une dépression. Personne n’était capable de me dire ce que j’avais. Pendant cinq mois j’ai erré entre les spécialistes (dentiste, ORL, cardiologue, kiné) qui m’affirmaient que tout était normal et que c’était psycho-somatique. J’ai même vu une psychothérapeute, qui, soit-dit en passant, même si elle n’a pas résolu mes douleurs, m’a bien aidée à avancer dans ce chemin de croix car j’ai cru que j’allais craquer pour de bon. Ne pas mettre un nom sur ce que j’avais devenait très anxiogène: j’avais des crises de panique, je ne dormais plus beaucoup, je me voyais mourir, j’avais même prévu d’enregistrer des vidéos pour mes enfants pour plus tard, pour ne pas qu’ils m’oublient, au cas où. Malgré le soutien inconditionnel de Monsieur S. et de mes proches, je me sentais terriblement seule et terrifiée. Je me rendais au travail en serrant les dents, les douleurs et la fatigue en toile de fond.

Un jour, ma kiné (je m’y rendais chaque semaine, cervicalgies obligent) me suggère de consulter un posturologue car mon épaule gauche est plus haute de 2cm que la droite. Ok. Je ne suis plus à ça près.

Je me rends donc chez un podologue-posturologue qui liste tous mes symptômes et s’exclame au bout de dix minutes de consultation: « Vous avez tout simplement un SADAM! Ce n’est pas grave, ça se soigne. Je traite des dizaines de cas par jour. »

Je fonds en larmes devant ce gars en lui expliquant que je vis un enfer depuis des mois. Et il me décrit exactement ce que je traverse, me raconte des cas de patientes (les femmes sont plus touchées que les hommes) qui perdent leur travail ou encore se séparent à cause de ce syndrome parce qu’il est difficile à diagnostiquer et donc à soigner. Certaines personnes vivent avec pendant des années sans comprendre ce qui leur arrive, sans que personne ne pose un diagnostic. Moi j’ai eu une chance inouïe de tomber sur ce posturologue, un pur hasard.

Il m’oriente vers un ostéopathe qui a l’habitude de traiter le SADAM pour qu’il remette ma mâchoire en place et qu’il rétablisse ma posture puis vers un dentiste pour qu’il modifie l’occlusion de ma mâchoire. L’ostéo me fait un test qui confirme le diagnostic du posturo et affirme que je traîne ce SADAM depuis belle lurette car même mon œil gauche a morflé. Après ces deux consultations enchaînées, je suis complètement lessivée mais les symptômes s’atténuent nettement au bout de trois jours: plus de céphalée, ni de névralgie. Les cervicalgies ont aussi disparu.

Je me sens bien-enfin- même si mon acouphène traîne de temps en temps. Je retrouve mon énergie, je redeviens moi peu à peu. Le travail n’est pas terminé, il me faudra du temps avant d’éliminer ce putain de SADAM qui m’a rongée jusqu’au plus profond de moi mais j’entrevois le bout du tunnel.

Peut-être quelqu’un se retrouvera t-il dans ce témoignage, dans ces symptômes et je ne peux que lui conseiller de lire les articles suivants:

 

 

 

 

 

 

J'ai des choses à dire

L’enfant précoce et la culpabilité du parent.

Depuis quelques années nous nous rendions bien compte que Doudou avait quelque chose de particulier: sa façon d’analyser le monde, ses remarques surprenantes, son hyper sensibilité et les angoisses qu’elle générait (voir J’ai un ado de cinq ans).

Jusqu’alors, tout se passait bien à l’école tant d’un point de vue scolaire que de la sociabilisation.

Et puis ça a commencé à déraper un peu à la maison: des accès violents de colère, des claquements de porte, des terreurs nocturnes récurrentes (voir Cauchemars en pagaille), des « De toutes façons vous ne comprenez rien! ». J’avais l’impression de me voir…à quatorze ans. Il en avait six à l’époque. On le voyait taciturne, il se sentait frustré, incompris, mal dans sa peau. Pas à sa place, en somme. De notre côté de parents, on prenait des pincettes lorsqu’on s’adressait à lui car tout le heurtait, tout était compliqué. Moi j’avais l’impression de passer à côté de lui, de ne pas le cerner, d’être une mauvaise mère par moments.

Parallèlement à l’école on a noté une baisse de motivation: moins d’intérêt pour les apprentissages (lui qui est de nature si curieuse), peu de soin, une certaine léthargie commençait à s’installer.

Lorsqu’on a appris que Doudou était un enfant précoce ou surdoué ou à haut potentiel, comme ils disent, on a enfin compris. On L‘a enfin compris. Après les entretiens avec la psychologue et nos lectures sur le sujet, j’ai eu le sentiment d’accéder enfin aux codes de mon Doudou.

Ma première réaction a été de ne pas en parler autour de nous: d’une part,je ne voulais pas que les gens collent une étiquette « gamin hors norme » sur Doudou et d’autre part, j’avais peur du regard des autres vis à vis de nous, parents. Je craignais les phrases comme « Ces enseignants, ils croient toujours que leurs enfants sont des génies! » ou encore « Encore une qui pense que son gamin est plus intelligent que le mien! ».

Le saut de classe a été salvateur pour Doudou: il sortait de l’école le sourire aux lèvres, redoublait d’efforts en graphie et voulait mordicus raccrocher les wagons du niveau supérieur. Les terreurs nocturnes ont cessé, les crises de colère ont disparu, et les tensions se sont dissipées.

Aujourd’hui, notre Doudou est un petit bonhomme épanoui, bien dans ses baskets et au caractère bien trempé. Il a un humour bien à lui, il est rêveur, bordélique comme pas deux et aime écrire (mal, mais peu importe), les jeux de stratégie, comprendre le monde. Il ramène sa fraise un peu trop souvent, émet un avis sur tout, aime courir à toute berzingue, l’odeur de l’herbe coupée et les arcs-en-ciel. Il déteste l’injustice, l’échec et le melon.

Il est comme il est et j’en suis fière. Et je n’ai plus honte de le dire.

doudou

 

 

 

J'ai des choses à dire

Comment j’ai regardé Beyblade Burst

beyblade

Ce soir, j’ai fait une erreur. Celle de me poser sur le canapé où étaient vautrés mes Nains, le regard hagard devant l’écran de télé qui vomissait un dessin animé: Beyblade Burst.

Curieuse, je suis restée avec eux pour le visionner et évaluer les dégâts.

Si j’ai bien compris, les protagonistes participent à des combats de toupies. Des toupies métalliques. Et ces ‘combattants’ s’entraînent très durement mais en fait on ne comprend pas trop pourquoi, vu qu’il suffit juste de balancer deux toupies dans une caisse. Pardon, dans une ‘arène’. J’avoue que ça a éveillé mon intérêt…

Manifestement, il s’agit d’ un genre d’art martial, et là encore j’avoue que la comparaison m’échappe. Bref. Les ‘combattants’ sont même coachés et ont un kiné à disposition qui leur prodigue des conseils avisés : « Repose-toi, tu es fatigué, tu as trop forcé. » Mais forcé sur quoi putain?  Les Nains gobent devant ce ramassis de non-sens, alors je persiste, je me dis qu’il doit bien y avoir une intrigue.

Et oui! On y arrive: le COMBAT de toupies dans une espèce de dojo. Les adversaires ont l’air vraiment super stressés et la tension est palpable. De fait, les adversaires méditent un peu avant de combattre. Je t’ai dit: c’est comme un art martial.

Nous atteignons (enfin) au moment phare du dessin animé: le lancement des toupies (!) sous le cri de « Propulsion flash éclair! » ou « Hyper vitesse! ».  Voilà. Et ils arrivent à faire au moins trois minutes là-dessus: les toupies qui s’entrechoquent, les gros plans sur les visages des ‘combattants’. Bref, la tension est à son comble et moi je n’ai toujours pas compris le but de ce dessin animé… Gagne ta vie en lançant des toupies? La toupie c’est la vie? Viens frotter ta toupie contre la mienne?

Mais qui est le mec qui a balancé en réunion: « Bon les gars, j’ai une super idée: on va faire des combats d’arts martiaux mais sans arts martiaux. Des combats de toupies. »

Et surtout, qui sont ses abrutis de collègues qui ont répondu: « Ah ouais!!! Super idée! C’est novateur, c’est du jamais vu! » A coup sûr, il n’y avait pas de femme dans l’équipe.

Alors ce qui me rassure, c’est que lorsque j’ai livré mon analyse du dessin animé à mes Nains, ils ont souri et m’ont rétorqué: « C’est vrai qu’on ne sait pas trop pourquoi ils lancent des toupies…et pourquoi c’est très fatigant. »

Bon, c’est au moins ça de gagné. Demain je m’attaque à Power Rangers.

J'ai des choses à dire

Et huit.

Tu as déballé tes cadeaux à la vitesse grand V et enfilé le maillot de foot que tu désirais tant.

On a invité les cousins du sud et on a rempli les assiettes de bonbons et de cookies. Mamiray a préparé des crêpes au Nutella et moi ton gâteau au chocolat.

Vous avez fait des énormes bulles de savon, joué à la chasse au trésor dans le jardin, lancé des défis, couru comme des dératés, crié comme des aliénés.

On a ri, échangé et profité de ce moment simple en famille.

Huit ans.

Huit ans à te regarder observer le monde, à partager ta bulle, à voir ton caractère s’affirmer, à espérer le meilleur pour toi.

Huit ans et des rêves d’espion, des écritures exutoires, des tee-shirts à l’envers, des besoins d’évasion, de l’émotivité à en revendre, des chutes mémorables, des je t’aime pleins de pudeur.

Joyeux anniversaire mon Doudou magique.